La compression, ou comment rendre une voix plus pro


Le pitch :

Vous intégrez une voix off à une vidéo ou une présentation, mais le rendu n’est pas aussi dynamique et pro que vous le souhaitiez. Vous voulez un secret ? La compression ! 

 

Temps de lecture :

environ 5'00 (ou moins si vous allez à l'essentiel)

Crédit Photo : Matthew Henry

La problématique

Si vous avez déjà associé une voix à un projet ou un diaporama, vous êtes déjà passé par là. A l’écoute, le son est plat, le volume bas, et ne sonne pas du tout comme à la télé ou la radio. Surtout si vous avez ajouté de la musique. Pas d’inquiétude, vous avez utilisé un élément « brut » : il a besoin d’être traité pour être amélioré.

 

Prenons une comparaison concrète : lors d'une séance photo, le photographe obtient des clichés bruts. Son appareil est bien réglé, la lumière aussi : les photos obtenues sont de très bonne qualité. Pourtant, ce cliché va subir des retouches et un traitement numérique : on optimise les couleurs, le contraste, la température, etc. 

 

Pour résumer, on passe d’un rendu naturel (sans traitement) à un rendu optimisé (avec traitement). N’oublions pas qu’une photo, une vidéo ou une pub raconte au final une histoire. Et pour romancer une bonne histoire, ou vendre un produit, il faut que cela paraisse « sexy ». Donc dynamique, contrasté, coloré, lumineux. Quitte à sortir de la réalité. On va pour cela optimiser le naturel.

 

Avez-vous déjà assisté à une émission TV ? A l’écran, le plateau est spacieux et la lumière est très présente. Mais en studio, vous êtes frappé par l’espace minuscule. Et, même s’il y a des lumières partout, la luminosité n’est pas si intense qu’on pourrait le croire. Là aussi, il y a des traitements appliqués.

 

Nous sommes aujourd’hui habitués à voir et entendre des produits traités, qui ne correspondent pas à la réalité. Les photos des magazines, les images et le son de la TV, les voix et la musique à la radio : tout cela est optimisé.

 

Revenons à notre sujet. Toutes ces comparaisons pour comprendre votre problématique : si cette voix ne sonne pas pro, c’est parce qu’elle est encore dans le domaine du naturel (sans traitement) et non celui de l’optimisé. C’est là que la compression audio nous intéresse.


La compression audio

Soyons encore plus concrets : écoutons l’effet de la compression avec un avant / après. Surtout, gardez le même volume d’écoute entre les deux exemples.

 

Ecoutons une voix brute sans aucun traitement : c’est ce qu’a enregistré le micro, comme l’écoute d’une oreille humaine.

La voix suivante est optimisée : c'est la même voix brute qui est traitée par un compresseur. Il y a une multitude de réglages possibles, ici j’ai un peu exagéré pour mettre en valeur ses effets.

Autre comparaison, avec la musique cette fois. Dans la voiture, avez-vous déjà écouté la radio juste après votre iPod? Vous avez certainement remarqué cette différence de dynamisme, ce son plus gros, plus large et plus clair. A la radio, divers traitements sont appliqués, dont la compression. 

 

Voici une production destinée à la diffusion radio, version brute.

Et voici ce qu’on entendra à la diffusion, après passage par les traitements dont la compression.


Comment ça marche ?

Des livres entiers sont consacrés à la compression audio. Son principe et ses applications peuvent être passionnants (je vous assure !) mais je ne compte pas faire un exposé sur la compression ici. Je tente juste d’en vulgariser le concept pour mieux comprendre son effet.

 

Voici la forme d’onde, le son en format visuel, des fichiers que vous venez d'écouter, sous forme d'avant / après :

Voix son brut avant compression
Voix son brut avant compression
Voix après compression
Voix après compression
Radio son brut avant compression
Radio son brut avant compression
Radio après compression
Radio après compression

Pour rester très global, disons que le compresseur va automatiquement baisser le volume lors des passages forts (il compresse). Ce qui va ramener les sons forts au même volume que les sons faibles. C’est l'étape 1. Voici ce que ça donne visuellement :

Voix après étape 1
Voix après étape 1
Radio après étape 1
Radio après étape 1

Pour le moment, cela ne me convient pas totalement : sur l’image, on voit bien que les écarts entre les sons forts et faibles sont réduits. C’est bien, car en gardant une dynamique « lisse », l'écoute sera plus vivante, claire et percussive. Mais le volume est moins élevé qu’avant : la compression ayant baissé les passages forts, il ne me reste plus qu’un flux continu de passages faibles. Moi je veux du gros son ! 

Heureusement, ce qui nous intéresse, c’est un autre réglage du compresseur : le volume de sortie. Le compresseur peut augmenter le volume jusqu’à atteindre le maximum possible, à chaque instant. C’est l’étape 2. Grâce à ce réglage, ma bande son est optimisée en volume, les passages qui étaient forts ou faibles ont tous une grande présence. Voici donc le visuel obtenu après traitement (comme déjà vu dans l'avant / après ci-dessus) :

Voix après compression finale
Voix après compression finale
Radio après compression finale
Radio après compression finale

Grâce à la compression, on entend la musique (son faible) aussi fort que la voix (son fort). Ce qui donne un rendu uniforme et dynamique par l’absence d’écarts.

 

Le compresseur a d’autres réglages et secrets, je suis volontairement resté sommaire ici.


Où trouver un compresseur ?

C’est un outil professionnel, proposé en hardware et en software. A une échelle moins pro, vous pouvez aussi trouver des outils de compression dans des logiciels gratuits : Soundforge sur PC ou Garageband sur Mac. Ne vous embêtez pas avec les réglages, sélectionnez quelques présets et écoutez le résultat. Si vraiment vous voulez toucher aux boutons, essayez :

 

  • le seuil (threshold) : au dessus de ce seuil la compression agit, en dessous il ne se passe rien. Baissez-le pour plus d’effet.
  • le ratio : la force de la compression. Avec un ratio de 2:1, le signal sortira 2 fois plus petit qu’à son entrée. 3 ou 4 c’est pas mal.
  • le make up ou output gain : c’est notre 2e étape, définir l’augmentation du volume. +2 / 3dB, ou plus mais arrêtez-vous avant que ça sature !

La compression est déjà bien suffisante pour se démarquer de la majorité des productions, qui ne l’utilise pas. Mais peut-on faire autre chose pour rendre un son plus pro ? Bien sûr ! C'est un art et un métier à part entière : le mastering. Dans un prochain article, nous aborderons l’EQ (equalizeur, égaliseur) qui vous permettra de pousser encore plus loin la finition de votre bande son : mise en valeur de la voix, et mixage harmonieux entre voix et musique.



Willy Amann Comédien Voix Off

Willy Amann

 

A la fois entrepreneur et salarié, gérer mon temps est un impératif. Auprès des techniques de productivité, j'ai trouvé une passion. La productivité ? C'est le rapport entre une production et les ressources mises en oeuvre pour l'obtenir. A tester, réfléchir ou utiliser : plus qu'une aide au quotidien, ces techniques constituent un vrai mode de vie. Elles sont ici partagées à qui voudra se les approprier. 

 

Ma méthode : gérer sa vie comme une entreprise. Etre plus efficace pour profiter de chaque instant.


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